Comprendre l’hypnose par la forme et le fond *

L’hypnose de spectacle, avec ses relents de manipulation et de mystères inquiétants, ne peut être plus éloignée de l’hypnose thérapeutique. C’est pourquoi il est essentiel d’expliquer ce qu’est cette modalité particulière de la perception qu’est l’hypnose. Le travail de théorisation de François Roustang est pour cela exemplaire et source d’inspiration constante.

Une des manières de comprendre l’hypnose est de distinguer deux modalités de la perception : l’attention restreinte et l’attention généralisée. De manière contre-intuitive, la modalité de la perception qui nous est la plus ordinaire et familière est l’attention restreinte.

Prenons un exemple, une conversation entre amies. Vous écoutez ce que votre amie vous dit et elle fait de même. Votre attention est focalisée sur la compréhension du contenu de son propos. Mais sans vous en rendre compte, vous êtes aussi attentive à ses mimiques, à la manière dont son corps contredit ou accompagne son propos, à l’ambiance du lieu dans lequel vous êtes, tranquille ou agitée. Vous sentez aussi corporellement comment vous réagissez à la situation. Percevez-vous qu’il ne s’agit pas du même type d’attention ? La première, l’attention restreinte au contenu de la conversation, est comme la forme qui se détache du fond du tableau général de la rencontre. L’attention au fond du tableau est l’attention généralisée et les deux vont de pair.

En hypnose, on mobilise volontairement l’attention généralisée en se détachant de l’attention restreinte. Ainsi, les contours de la forme s’amenuisent et on plonge dans le fond. Pour reprendre l’exemple de la conversation entre amies, vous entendez de plus en plus vaguement les phrases de votre amie qui deviennent des sons et vous entrez dans la perception des éléments multiples, variés et souvent indéfinissables du contexte. C’est comme lorsque vous êtes « dans la lune », vous regardez par la fenêtre, vous voyez se découper les arbres, les toits des maisons, les écureils qui bondissent et, à un moment, cela se floute, vous basculez dans un entre-deux. Vous n’êtes ni ailleurs, ni absente, ni endormie, simplement votre attention n’est plus focalisée et précise mais généralisée et ouverte à d’autres types d’impressions.

C’est évidemment tout l’intérêt de l’hypnose, quitter la perception ordinaire et restreinte de notre existence pour plonger dans la multitudes de ses éléments auxquels nous ne prêtons habituellement pas attention. Voici ce qu’en dit François Roustang:

« Dans la vie quotidienne, ces deux côtés sont sans cesse présents et la perception restreinte se découpe à chaque instant sur la perception généralisée. Si la rupture entre les deux est souhaitable pour un temps dans l’état hypnotique, c’est qu’elle nous fait faire l’expérience de la perception généralisée et nous débarrasse des étroitesses et des rigidités de la perception restreinte et permet à cette dernière, par ce passage à ce qui est son fondement, d’acquérir l’ampleur et la souplesse nécessaires au perpétuel mouvement de la vie.« 1

En hypnose, nos habitudes de comportements, de pensées, de tentatives de solutions sont pour un temps court-circuitées. Nous rejoignons alors le fond vivant, bruissant et empli de ressources de notre existence. Cela ouvre radicalement le champ des possibles et invite à l’action.

* à partir de l’article de François Roustang « Dissociation perceptive » in L’apprentissage de la Liberté, pp 525-530, Éd. Odile Jacob, Paris, 2022.

  1. ibidem, p. 530. ↩︎

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